Les correcteurs et les correctrices ont, comme dans de nombreuses professions, leur propre langage.
Je ne fais pas exception ! Vous pensiez peut-être pouvoir communiquer avec moi de manière simple, accessible ? Nenni ! Il vous faut de solides bases, sans quoi toute rencontre est impossible…
Pour cette raison, je vous ai concocté un dictionnaire à la fois sérieux et exhaustif.
Au court loc. adv.
Forme abrégée. Exemple : O.N.U.
Pour les nombres, écriture en chiffres arabes. Exemple : « 13 ».
Au long loc. adv.
Forme développée. Exemple : Organisation des Nations unies.
Pour les nombres, écriture en toutes lettres. Exemple : « treize ».
BAT sigle m.
Préfixe étant la propriété exclusive d’un super-héros milliardaire résidant à Gotham City, que nous appellerons John (il souhaite garder son identité secrète). Tout ce qui appartient à cette personne est la propriété de Wayne Industries et peut être affublé du préfixe en question : « batmobile », « bat-ordinateur », « bat-pyjama », « bat-de-baseball »…
Oh non ! Je suis confus. Les usages actuels ont presque banni les points abréviatifs dans les sigles, alors j’ai cru… Je suis vraiment confus, il est trop tard pour réparer cette erreur embarassante, la définition a déjà été validée…
Pour nous rattraper, nous vous offrons exceptionnellement sans frais supplémentaires une définition plus appropriée ci-dessous.
Le BAT (bon à tirer) est la dernière version d’un texte avant son impression.
Pour le valider, on pratique un dernier survol des épreuves corrigées. Plus question de corriger ou de traquer les coquilles, car on ne doit plus toucher au texte à ce stade (à moins de repérer une très grosse coquille), mais de vérifier que tout est à sa place, que toutes les pages sont là, dans le bon ordre, que les titres courants sont bien présents ou que la mise en page n’a pas sauté.
C’est une étape (souvent assumée en interne dans une maison d’édition) à ne pas négliger : le texte ne bougera plus une fois le BAT validé !
Bdc. abréviation
Bas de casse. Synonyme : minuscules.
Cap. abréviation
Capitale. Synonyme : majuscule.
Coquille n. f.
« OUPS ! »
Il faut que je développe ? Bon, d’accord, mais j’ai déjà tout dit :
une coquille, c’est la lettre qui s’est glissée en trop ou celle qui s’est fait la malle. C’est cette ponctuation en italique dont on se demande bien quels genres d’inclinaisons ont pu la conduire jusqu’ici.
À l’origine petites bourdes (bourdon, même !) d’imprimeur, ces accidents sont légion, et en faire une liste serait aussi épuisant qu’inutile, car ces petites savent se réinventer !
Coupure n. f.
Légère entaille dans un paragraphe plus ou moins douloureuse. Il est nécessaire de ne pas attendre que le texte soit infesté avant de faire appel à une correction professionnelle. Un texte ne se coupe pas n’importe comment !
Avant toute chose, je tiens à aborder calmement une pratique, je ne dis pas qu’elle fait l’unanimité, je n’ai pas (encore) fait d’étude statistique sur le sujet, mais elle est assez répandue pour qu’on s’autorise à la mentionner très brièvement :
ON NE DIT PAS « CÉSURE » ! C’EST PAS BIEN ! C’EST UNE COUPURE, ET PIS C’EST TOUT. SI ON EN EST LÀ, C’EST À CAUSE D’UN CERTAIN LOGICIEL DE MISE EN PAGE QUE JE NE CITERAI PAS ET QUI TROUVE ÇA DRÔLE D’ENTRETENIR DES ERREURS AUSSI GROSSIÈRES ET HONTEUSES !
Si vous souhaitez participer à ce débat constructif et essentiel, je vous invite à m’écrire à ce sujet. Une modération raisonnée sera appliquée pour éviter toute intervention non pertinente.
Pour en revenir à nos petites coupures, on entend par là la division d’un mot en fin de ligne, marquée par un tiret. Mon travail consiste aussi à veiller à ce que celles-ci soient « licites » (sinon, direction la taule !) et, dans le même temps, à anticiper les effets qu’entraînent ces coupures sur la mise en page.
Décoquillage n. m.
Nettoyage pointilleux des plages de sable blanc pour éviter aux touristes d’avoir des petits cailloux dans la chaussure.
Personne n’y croit ? Vous pouvez aller vérifier dans le dico (c’est un néologisme, ne perdez pas votre temps) !
Il y a bien un autre sens, répandu dans les milieux autorisés :
« action de décoquiller ». > Décoquiller
Décoquiller v.
Nettoyer les plages de sable blanc… les blagues les plus courtes, oui, je sais.
Acitivité rémunérée consistant à traquer, isoler et éliminer les coquilles. > Coquille
Div. abréviation
Trait d’union.
Pour comprendre pourquoi on ne parle jamais comme tout le monde, je vous invite à consulter ce petit article tiré du blog Langue sauce piquante :
https://www.lemonde.fr/blog/correcteurs/2010/08/03/div-rog-clam-et-sus-fantaisie-typo-graphique/. Je vous invite vivement à aller faire un tour sur ce blog régulièrement ! Il est tenu par un correcteur et une correctrice du journal Le Monde qui aiment tout comme moi partager leur passion pour ce métier !
Douter v.
Fondement de tout raisonnement métaphysique, mouvement cognitif par lequel… Quoi ? Vous vous attendiez à autre chose ?
Eh bien, vous avez raison. Le doute est mon arme de correction massive !
En arrivant, vous pensiez peut-être que les correcteurices étaient des sortes
de je-sais-tout qui ont toutes les réponses ! Figurez-vous que notre posture est à l’exact opposé : ne surtout pas se reposer sur ses acquis, faire subir au texte des interrogatoires musclés (plumes sensibles s’abstenir), quitte à parfois ne rien toucher… Ainsi, je vous répondrai rarement « je sais », mais plutôt « je vais vérifier » !
Bien sûr, nous avons chacun·e une lourde formation derrière nous ainsi qu’une expérience qui nous est propre, mais même cela ne nous dispense pas de cet effort. Nous n’apprenons pas, nous désapprenons constamment (bon, c’est pour le bon mot, bien sûr qu’on apprend, tous les jours même) !
Épreuve n. f.
Étape d’une compétition sportive ?
Certes, corriger, ce n’est pas la même chose que participer aux JO. Le risque de blessure est un peu moins omniprésent, mais il y a plus de points communs qu’on ne pourrait le croire ! Tenez, la concentration, par exemple. C’est notre outil le plus précieux, or que ferait un·e athlète digne de ce nom sans concentration ? Vous êtes encore dans le doute, je comprends. Voici un autre point commun : le chronomètre ! Mon métier est une lutte éternelle contre la montre ! Toujours pas convaincu·es ?
Tant pis, ce n’est pas grave, car la correction a elle aussi ses « épreuves » :
Ce que nous appelons « épreuve », c’est l’exemplaire imprimé (ou PDF) de votre texte après sa mise en page. D’où la « correction sur épreuves », car c’est le support sur lequel nous annotons nos corrections. On parle également de « jeu d’épreuves » (le mot est généralement utilisé au pluriel).
Comme aux JO, il peut y avoir plusieurs épreuves ! En effet, les « premières » épreuves, les « secondes » (on ne va pas plus loin, en général).
Comme aux JO, chaque épreuve apporte son lot de surprises ! Comme aux JO, nous repoussons nos limites et nous améliorons à chaque nouvelle épreuve.
Si vous appréciez vous aussi le sport de haut niveau, n’hésitez plus ! Proposez-moi vos épreuves ! Je me donnerai à fond, et resterai fair-play quoi qu’il arrive !
Enrichissement (typographique) n. m.
Optimisation fiscale, jet privé, compte en Suisse, île déserte… un train de vie que nombre de correcteurices partagent grâce à leurs salaires mirobolants !
Bon, j’ai un peu menti… en correction, les enrichissements sont plus… moins… enfin, c’est le gras et l’italique, quoi ! Bon, c’est un peu plus « riche » que ça. On a aussi les petites capitales (ben oui, pas de discrimination), par exemple.
Si j’en parle, ce n’est pas « gratuit » (rapport à mon enrichissement, tout ça).
Les (faux) gras et italique que vous connaissez sans doute sur Word sont à bannir. Un texte en gras ou en italique doit être composé dans une police qui l’intègre dès sa création. Une police peut d’ailleurs inclure plusieurs gras !
Mon intervention sera de contrôler que des enrichissements qui n’ont rien à faire là ne se sont pas glissés, mais aussi qu’ils sont correctement appliqués (n’essayez pas de baisser le corps d’une police manuellement pour obtenir des petites capitales, ça ne fera que me rajouter du travail).
Enfin, je peux être amené à juger de la pertinence de tel ou tel enrichissement.
Il y a les utilisations fautives, bien sûr, mais je peux aussi parfois émettre des suggestions quant à la présence d’enrichissements non nécessaires (comme mon texte en orange).
Espace n. f.
Déjà une coquille ? ça donne pas trop envie de bosser avec lui…
Et non ! ce n’est pas une erreur : le mot « espace », lorsqu’on fait référence au blanc qui sépare deux mots dans un texte, est bien féminin.
C’est l’un des nombreux héritages de l’imprimerie (le mot désignait le caractère en plomb), que notre profession garde dans son jargon pour que vous autres, mortel·les, ne puissiez pas avoir accès à nos secrets si jalousement gardés.
Vous avez sûrement vu des collègues ou moi-même parler en nombre de signes, espaces comprises ? En correction, les espaces sont très importantes !
Nous y accordons une vraie attention, car nous les traitons aussi :
double espaces, espaces insécables, espaces fines, et même les espaces (masculins) entre les paragraphes ou entre les lignes !
Fouettard (Père) adj. m.
Ah ! mon préféré ! Lorsque vous entendez le mot « correction », des images peu reluisantes vous viennent sans doute à l’esprit. Des images terribles de copies d’élèves striées de rouge – vous pensiez à autre chose ? Ces profs sadiques…
Alors vous avez peur. Peur des douleurs lancinantes que pourrait raviver en vous un·e extrémiste de la faute, une personne qui aime à torturer avec la langue !
Avant tout, nous ne faisons rien sans votre consentement, c’est un engagement contractuel et déontologique. Cette insécurité linguistique que notre éducation et de nombreux discours oppressants génèrent (je vous renvoie au génial texte des Linguistes atterrées, Le Français va très bien, merci !, Gallimard, 2023), nous faisons notre possible pour ne pas y participer. Au contraire, nous sommes là pour vous mettre à l’aise ! Il est vrai que, contrairement au Père Noël, nous ne faisons pas de cadeaux. Votre texte sera mis à nu, aucun de ses angles n’échappera aux caresses de notre stylo-plume. Mais vous ne vous sentirez pas ligoté·e, car, si la grammaire peut parfois être dominatrice, nous sommes surtout au service de votre plaisir de création ! C’est un partage, à travers lequel vous expérimenterez l’excitation de voir votre texte sublimé. Pas de Père Fouettard, donc !
Gris (typographique) n. m.
Connue pour son nuancier comprenant près de 50 itérations, couleur à mi-chemin entre noir et blanc (Ex : « La nuit, tous les chats sont gris »).
Lorsqu’il y a redoublement (gris-gris), désigne une forme d’assurance-vie.
Approximative, ma définition ? Je suis pas l’ex-hycographe, c’est un métier !
Il reste pourtant un sens à explorer, terreur des maquettistes :
Dans l’édition, relation entre le texte et le blanc. Bon alors, c’est gris ou c’est blanc, faut savoir… Hum… dans l’édition, impression visuelle produite par la relation entre le texte (noir) et le blanc créé par l’absence de texte sur une page.
C’est, plus simplement, l’harmonie générale d’une mise en page (on l’évalue souvent en plissant les yeux).
C’est bien gentil tout ça, mais en quoi ça me concerne ?
Lorsqu’un texte est mis en page (« maquetté »), garder un œil attentif sur le gris typographique fait partie aussi de mon travail. Et je ne parle pas tant de son contrôle général, plutôt rôle des maquettistes, que de repérer les causes à l’origine d’un mauvais gris : justification du texte, approche, interlignage, veuves, orphelines… Par ailleurs, nous pouvons nous-mêmes être la source du problème ! En effet, l’application des normes typographiques contraint parfois grandement le texte, les règles sur les coupures des mots en fin de ligne dans un texte justifié en étant un bon exemple (ne pas les contrôler n’est pas professionnel, en abuser pollue inutilement). Ainsi, n’hésitez pas à me rappeler à l’ordre si vous constatez qu’il y a 10 demandes de coupure par page !
Guill. abréviation
Guillemets.
Harmo. abréviation
> Harmonisation.
Harmonisation n. f.
Ouvrez vos chakras. Corriger, c’est être en paix avec la nature et son Moi intérieur.
Pour corriger, les planètes doivent s’aligner.
Je n’ai rien contre la méditation (mis à part peut-être la patience), mais là on n’y est pas du tout. Accrochez-vous, parce que ce terme est un des plus importants qui soit en correction !
Harmoniser un texte, c’est s’assurer que tout choix de graphie (en particulier les noms propres), d’enrichissement typographique, de mise en forme, sera répercuté dans tout le texte. C’est un incontournable de notre intervention !
Vous voudriez avoir plus d’exemples concrets ou vous vous posez des questions sur ma méthode de travail ? N’hésitez pas à me contacter !
Humeur (correction d’) n. f.
Il y a certains jours comme ça… on se lève du pied gauche, on envoie valser des commodes à tout va (faut pas m’énerver !), ou on lance des jurons bien moins commodes.
Il faut nous comprendre, c’est un métier stressant, toutes ces virgules, là.
Tout ceci est de la fiction : je ne casse pas des briques dès que je croise une tournure maladroite (pas systématiquement) ! Vous imaginez le budget pour la maison ? Non, je suis plutôt tout l’inverse : doux, assez discret, d’un calme olympien… Vous allez me dire : certes, mais peu nous chaut.
Et j’entends ! D’autant que je ne vous ai toujours pas donné ma définition.
Une correction d’humeur, pour moi du moins, n’a rien à voir avec un déferlement d’émotions incontrôlables. Ce que je nomme ainsi, c’est un travers inhérent à ma profession : parfois, à force de chercher la « perfection », on en fait trop.
Ne soyez plus surpris·es lorsque vous m’entendez utiliser ces termes, cela signifie que je doute de mon propre recul ! Et oui, douter, toujours douter.
IA sigle f.
L’IA (intelligence artificielle), comment ne pas en parler ? Il faut faire avec son temps, puis de toute façon on n’a pas d’autre choix que l’utiliser, parce qu’elle est super forte et même qu’elle va remplacer tous les métiers de la terre et…
C’est bon, Jean-Michel Apeuprès, on a compris. Puisque personne ne peut s’en passer, je vais mettre (à contrecœur) mon grain de sel.
La fameuse dystopie selon laquelle les robots vont remplacer les êtres humains n’est pas neuve, mais l’IA générative y a remis un coup de fraîcheur.
L’IA rimait jusqu’ici surtout avec automatisation ; à présent, elle serait capable de création ? Quelle avancée ! Derrière les avancées technologiques bien réelles et les coups de com’ répétés, un grand secret sommeille : le grand pouvoir magique de l’IA, c’est le vol de données ! Voilà, fin du mystère. On peut passer à autre chose, maintenant ?
La corr… la correction ? Quoi, la correction ? Le rapport avec la correction ? Mais il n’y en a pas ! L’IA, l’IA, vous n’avez que ça à la bouche. Bon, bon, mais je fais vite. Son importance dans le domaine de la création artistique, que ce soit pour des productions graphiques ou écrites, est très préoccupante. D’une part, elle peut voler vos œuvres pour s’alimenter ; d’autre part, elle peut facilement être responsable d’une concurrence déloyale (si bien qu’Amazon a été contraint de limiter la publication de textes sur sa plateforme Kindle à 3 par jour et par auteurice). En revanche, je suis ici pour parler de mon métier.
L’IA peut impressionner par sa finesse et par sa capacité d’apprentissage, certes, pourtant, elle manque cruellement de nuance. Elle est (pour le moment, mais ce cap me paraît infranchissable), contrairement aux êtres humains, incapable de percevoir une intention d’écriture ou de ressentir quoi que ce soit. En correction, ce n’est pas un détail, car le contexte d’un passage peut en changer totalement le sens présupposé ! L’intelligence artificielle (non générative) est déjà présente dans mon domaine, avec les logiciels de correction. Ces derniers sont très intéressants pour automatiser des interventions, mais il faut comprendre que l’automatisation à l’extrême est l’ennemie d’une correction professionnelle. Un exemple concret : nous utilisons des guillemets différents en français et en anglais. Or, si vous avez les deux dans un même texte et que vous voulez automatiser, sachant qu’avant sa correction le texte comportera très souvent des faux guillemets, vous risquez d’introduire de nombreuses erreurs dans votre texte. Ces logiciels n’ont par conséquent de réelle valeur qu’entre nos mains !
Peut-être, à la fin de cette interminable tirade dont j’aurais préféré me passer (car oui, on peut être parfaitement opposé à l’utilisation de l’IA en dépit des injonctions, et oui, on peut aussi bien ignorer cette mode imposée et passer simplement son chemin), n’êtes-vous toujours pas convaincu·e ? Vous en avez parfaitement le droit. J’ajouterai simplement ceci : selon moi, le tri se fait du côté de la qualité recherchée. Une correction professionnelle ne se limite pas à repérer les fautes d’orthographe ou de grammaire, et même l’orthographe et la grammaire demandent parfois des réflexions plus poussées ! Et oui, l’IA « sait », à la lumière de ce qui l’a nourrie, nous, nous ne savons rien, et c’est pour cela que l’IA ne nous arrive pas aux chevilles (dont certaines enflent en ce moment même) !
Inclusive (écriture) adj. f.
Je vote pour. Voilà, on peut passer à autre chose…
Les contre, ouste ! (Je plaisante bien sûr, je ferai de mon mieux pour ne pas trop « déconstruire » votre texte.)
Blague à part, tenter de définir, ou plutôt de baliser cette écriture, est déjà un faux départ. Je m’explique. Ce qu’on appelle écriture inclusive n’est pas une langue à proprement parler, avec des règles ou des normes bien identifiées, non, l’écriture inclusive est une intention, et même un outil, né dans les milieux féministes pour mettre des bâtons dans les roues patriarcales.
Rendre visibles, inclure les exclu·es, c’est l’idée ! C’est à la fois peu et beaucoup, selon le contexte ; c’est parfois une question de survie, en particulier pour les personnes LGBTQIA+, qui demandent (comble de l’impertinence !) à vivre en paix.
Les poings médians étant mis sur les i, c’est bien beau de dire « pas de règles », comment qu’on fait ? Comme évoqué plus haut, il n’y a pas de norme universelle, il y a plutôt « des » normes, « des » outils.
Je peux très bien vous proposer des pistes si vous voulez rendre votre texte plus inclusif, je connais et maîtrise un certain nombre de ces « outils ». Cependant, ce qui m’importe le plus, c’est que je sois raccord avec votre approche. Par « votre », je veux dire que si vous êtes une maison d’édition je me soumettrai (avec déférence) à vos Lois, si vous êtes un·e auteurice autoéditée (oui, le féminin l’emporte de temps en temps), je veillerai à toujours respecter vos choix dans ce domaine. Mon travail ne consiste-t-il pourtant pas à normaliser ?
Si, mais pas à n’importe quel prix. Des normes pourront être définies en amont de notre collaboration, mais que ce soit ou non le cas, mon objectif principal restera la cohérence globale du texte et l’application de ces normes tout du long.
Si vous avez des questions sur ce sujet, n’hésitez pas à me les poser !
Je tenterai au mieux d’y répondre, ou bien vous mettrai en contact avec le lobby LGBT ou quelques féministes ultraviolentes.
Ital. abréviation
Italique. > Rom. Un texte en italique est un texte dont les caractères sont inclinés. L’italique sert à mettre en lumière certains éléments pour qu’ils se détachent du romain (titres d’œuvre, mots étrangers, notes de musique…).
Justif. abréviation
Justification. Lorsque j’écris « justif. » dans la marge ou en commentaires, c’est pour signaler un souci lié à la justification.
Lecture n. f.
1. Activité de loisir. Plaisir, passion… Oui, justement. Lire et corriger n’ont pas grand-chose à voir. Vous en tombez de votre chaise ? Pourtant, les autres correcteurices vous diront la même chose. Lorsque nous vous relisons, notre regard est en général très proche du texte (en complément de regards plus globaux sur sa structure, évidemment) ; notre concentration, extrême. Pour faire court, ce n’est vraiment pas un exercice naturel (comme cette vidéo le montre à merveille : https://www.youtube.com/watch?v=TSeTLb9MMyQ), et c’est bien pour cela qu’il faut y être solidement formé. Il faut, entre autres, se battre avec un cerveau qui souhaite nous faire comprendre à tout prix les mots écrits de travers (je vous renvoie à un texte où l’orthographe des mots est brouillée, issu de la thèse d’un certain Graham Rawlinson, une thèse que ce dernier mentionne dans cet article de 1999 du journal NewScientist : https://www.newscientist.com/letter/mg16221887-600-reibadailty/) !
Corriger n’est pas une partie de plaisir. C’est le lieu des nœuds au cerveau, de la fatigue visuelle et d’une vaste enquête qui parfois peut sembler interminable.
On ne corrige pas parce qu’on « aime lire », sous peine de très vite déchanter. On corrige pour celles et ceux qui aiment lire. Ainsi, ne tombez pas de votre chaise si je m’exclame avec engouement que j’ai « hâte de lire votre livre » après avoir passé une centaine d’heures sur votre texte !
2. Étape de relecture. On parle de première lecture et de seconde lecture. Deux lectures sont en théorie un minimum pour une correction professionnelle. Elles représentent souvent deux types d’interventions différentes. Une première lecture plus générale, sur le fond, une seconde plutôt sur les normes orthotypo, par exemple (ou inversement). En pratique, même si c’est regrettable, les délais dans lesquels nous devons travailler nous contraignent souvent à nous limiter à une seule lecture qui inclut toutes ces interventions en même temps.
Licite adj.
Qui est conforme à la loi. Or, nul·le n’est censé·e ignorer la loi.
Lorsque je m’interroge sur la nature « licite » d’un de vos passages, c’est que vous risquez très gros. Il n’est pas impossible que les forces de l’ordre linguistiques débarquent en trombe chez vous pour vous faire payer un usage illicite de la langue ! Je ne suis qu’un lanceur d’alerte.
Vous ne me prenez pas au sérieux ? Vous n’imaginez pas les terribles conséquences qui peuvent découler d’une virgule illicite ! Votre phrase pourrait… elle pourrait, par exemple, induire un sens totalement contraire à celui que vous souhaitiez. Non mais vous imaginez ? Y a-t-il pire tragédie ? Ou bien si une orthographe illicite d’un mot s’est glissée dans votre texte !
Vous n’auriez plus comme seul salut qu’à prier d’être épargné·e dans le seul lieu assez pur pour rattraper vos fautes : Notre-Dame-de-la-Divine-Correction* !
Heureusement, je suis là et je veille au grain, pour que vous ne risquiez pas de vous faire enfermer par la police de la pensée…
Lorsque j’utilise le terme « licite », vous l’avez compris, ce n’est pas pour contester la conformité juridique de votre texte, c’est bien de normes linguistiques qu’il s’agit !
*Cette création n’est pas de moi, je la dois à une personne envers laquelle j’éprouve un grand respect. Il est le premier correcteur à avoir croisé ma route, mais surtout celui qui m’a transmis sa flamme pour le métier, et montré toute la beauté qu’on peut y trouver. Je ne peux que l’en remercier.
Ligature n. f.
Vous avez sûrement déjà entendu parler des « œufs dans l’eau » ; non, je ne vous parle pas de cuisson ici, bien du fait que dans « œuf » il n’y a que 3 lettres et non 4. Oui, le fameux e dans l’o ! Une ligature est le procédé par lequel on lie deux caractères pour n’en former qu’un seul. Fuuuuuuuusiooooooon !
En français, ne pas respecter certaines ligatures est fautif, car, comme dans l’exemple
ci-dessus, la ligature forme un nouveau caractère, avec sa propre prononciation. C’est mon rôle, en tant que correcteur, de mettre du « cœur » à l’ouvrage sans le briser.
Lisibilité n. f.
Un texte est lisible quand on n’a pas besoin de le grossir en corps 36 pour pouvoir le lire et, surtout, lorsqu’il n’y a pas de taches de café dessus !
Certes, ça peut jouer, ça peut jouer… Sinon, un peu de sérieux, c’est trop demander ? Non, il n’y a pas de chute, je suis fatigué. Ce dictionnaire n’a aucune chance d’être publié, c’est du ni fait ni à faire.
Je vais quand même vous donner quelque chose à vous mettre sous la dent, parce que je reste quelqu’un d’honnête, malgré ce fiasco.
Lorsque je parle de la « lisibilité » d’un texte, je pointe avant tout des enjeux de compréhension. Votre lectorat est sûrement identifié, il convient dès lors de s’y adapter. On ne s’adresse pas à des enfants comme on s’adresse à des spécialistes d’un domaine bien précis ! Mon rôle est de vous accompagner dans cette démarche. De manière plus générale, lorsque ce n’est pas volontaire, un texte surchargé en virgules, avec des phrases à rallonge, des redondances, ou qui n’est pas toujours suffisamment clair, peut nuire à vos propos. Tout ce qui a des conséquences sur la compréhension du texte (la fluidité, la clarté, etc.) est passé au crible pour vous permettre le meilleur des dialogues avec vos lecteurices !
Marche (maison) n. f.
Souvent fraction d’un escalier, elle peut être en bois, en marbre ou bien en toc.
Les plus connues sont la marche à pied, un peu rustique mais endurante, la marche Mallow, pas très « healthy », la marche nordique, pour les climats extrêmes, la marche à l’ombre, dans les HLM, et la marche arrière, incontournable lorsqu’on s’interroge sur le sens de la vie, parfaite opposée de la marche ou crève.
N’oublions pas le mois de marche et l’État de Marche.
Maintenant que ces banalités ont été rappelées, revenons à des réflexions plus savantes. Au sein des milieux autorisés du monde du Livre, on s’est autorisé à penser un consensus. Ce consensus consiste à s’accorder, unanimement et après délibération démocratique, à ne surtout, surtout pas faire de consensus.
Bien sûr, cette décision collective fut appliquée avec la plus grande rigueur. À l’instar de sa cousine, la charte graphique – sans doute l’avez-vous déjà rencontrée –, la charte typographique (ou marche maison) définit l’ensemble des normes typographiques (et plus encore !) d’une maison d’édition, d’un organe de presse ou d’une entreprise. Quelles règles sur les majuscules ? Comment se présentent les références bibliographiques ? Les nombres, en lettres ou en chiffres arabes ?
En fait, c’est, pour faire simple, un « code typo » (voir Orthotypographie) sur mesure !
Certaines marches maison sont assez connues dans ma profession. Je peux citer entre autres celle du journal Le Monde, allergique aux majuscules, celle de la revue La Déferlante, souvent prise comme exemple pour l’écriture inclusive, ou encore celle du Journal officiel.
Et oui ! les lois aussi ont leur charte typographique !
Ne pas être campé sur mes acquis est pour moi un gage de professionalisme.
Je m’adapte à votre marche maison, quelle qu’elle soit !
En outre, si vous souhaitez en créer une ou enrichir une marche existante, je peux vous accompagner dans cette tâche !
Marotte n. f.
Petit animal montagnard au sommeil très lourd. Ah, non ! Au temps pour moi, j’ai lu trop vite. Je me disais aussi, quel rapport avec la correction (si ce n’est nos existences d’ermites) ?
Je retente : j’évoque dans ce lexique vos tics d’écriture. Eh bien figurez-vous que nous aussi nous avons nos petites manies ! Elles sont propres à chacun·e et, lorsqu’on ne prend pas suffisamment de recul sur notre propre pratique, peuvent nous sembler indiscutables. Bien sûr qu’elles ne le sont pas. Par exemple, moi, je suis un maniaque des coupures de mots en fin de ligne et j’ai tendance à avoir la main lourde sur les espaces insécables. Ce ne sont là que quelques exemples, et mes collègues auront des points précis pour lesquels leur œil ne restera jamais indifférent. Par expérience, je peux vous dire que selon le contexte dans lequel vous corrigez, ces obsessions peuvent être tantôt à réfréner, tantôt à exacerber. Ce qui compte, finalement, c’est de ne pas s’enfermer dans ses propres réflexes.
C’est pour cette raison que j’ai intégré ce petit mot dans mon lexique : oui, vous pouvez vous étonner de certaines interventions, et je vous incite même à me le faire remarquer ! Il y a de fortes chances que je vous explique mes raisons, mais il est aussi possible que vous pointiez du doigt une de ces « marottes » qui peuvent dénoter un excès de zèle malvenu. Ne vous laissez pas faire ! Je chasse bien vos « tics », alors n’hésitez pas à vous venger sur mes marottes !
Mille (de signes) n. m.
En correction, on utilise très souvent l’expression « mille de signes » pour désigner le nombre de milliers de caractères relus en une heure. C’est un précieux outil de mesure du temps de travail.
De nombreuses correctrices et correcteurs, tout comme moi, utilisent ce système : le tarif horaire reste majoritairement fixe, mais c’est le rythme de relecture qui varie, selon la nature du texte et le type d’intervention nécessaire.
Bien que chaque professionnel·le ait son propre rythme, l’ACLF (Association des correcteurs de langue française) recommande 6 000 à 9 000 signes (espaces comprises) de l’heure pour une préparation de copie, 10 000 à 15 000 signes pour une correction sur épreuves.
Nbdp. abréviation
> Note (de bas de page).
Note (de bas de page) n. f.
Instrument de torture pensé spécifiquement pour les correcteurices et les maquettistes. La note de bas de page, c’est un peu comme ce texte en tout petit dans un document contractuel : vous vous dites que ce n’est qu’un détail, qui ne prêtera pas à conséquence. Noooooon ! Bieeeen au contraire !
Les appels de note sont-ils correctement placés ? Les enrichissements typographiques sont-ils respectés ? Les normes de la marche maison sont-elles appliquées (et applicables) ? Les références sont-elles harmonisées avec celles de votre bibliographie ? S’agit-il d’une œuvre littéraire, d’un article de presse (on les traite légèrement différemment) ? La pagination est-elle renseignée ? Ces questions sont un (très) léger aperçu des vérifications que l’on doit faire sur l’appareil de notes. C’est non seulement un travail de précision mais un travail long. Le plus important reste d’homogénéiser les éventuels changements, qu’ils se fassent dans la bibliographie ou dans une note, pour l’ensemble de votre ouvrage. Je vous ai fait peur ? J’espère bien ! Ne prenez jamais une note de bas de page à la légère. Elles sont sournoises, ibidesques*, parfois même opcitesques*, et se font la malle quand vous vous y attendez le moins !
*Néologismes qui parleront aux victimes régulières de ces tortures.
Orthotypographie n. f.
Kamoulox ! Non mais qu’est-ce que c’est que ce mot barbare ?
Comme vous l’aurez deviné, ce terme recouvre une préparation chimique ancestrale composée de deux ingrédients indispensables.
Le premier, l’orthographe, est si commun qu’on ne le présente plus, une star dans mon petit lexique sans prétention ! Le pauvre est de tous les chaudrons, et on ne compte plus les apprentis sorciers qui prétendent le connaître mieux que quiconque. La typographie, en revanche, ne s’épanouit que dans certains recoins austères, la lumière bleue d’un écran d’ordinateur étant souvent un soutien réel à sa mise en forme (peu importe la source, ce sont surtout les lumières artificielles qui accélèrent la culture). Les premier·es spécialistes sont les typographes, qui donnent naissance à des polices à fort caractère. Les second·es, c’est nous, les correctrices et les correcteurs.
Notre approche est pourtant bien différente. Nous faisons respecter la Loi de la typo. On nous voit dès lors souvent comme des êtres intransigeants, sans cœur…
Il ne faut pas écouter ces rumeurs infondées. Soyez sans quiétude*.
Je m’occuperai bien de vous. Mon entreprise ne s’appelle-t-elle pas la « bonne » correction ? Vous voyez, pas de raison de s’inquiéter !
Puisque j’ai atteint mon quota de bêtise par paragraphe, je me dois de revenir à une petite parenthèse de premier degré (j’ai un quota à respecter aussi pour ça, je n’ai pas le choix, c’est la loi de la Typo).
Si c’est encore un peu flou pour vous, sachez que ni ma « Loi de la typo » ni ma « loi de la Typo » n’ont de raison d’être, encore moins écrites de deux différentes manières d’une fois sur l’autre. L’utilisation des majuscules (ou « capitales ») est loin d’être la seule à être normée: par exemple, les deux-points ne doivent jamais, comme ici, être collés, hormis dans un texte en anglais. Les normes varient en effet d’un pays à l’autre, mais pas seulement ! Que vous soyez une maison d’édition, un organe de presse ou une entreprise, vous avez peut-être vous-même une marche maison, en d’autres termes une approche bien à vous de ces normes !
En tant que correcteur professionnel, « l’orthotypo » est un de mes dadas ! C’est une étape importante mêlant visible (orthographe) et quasi invisible (typographie).
Elle représente le gros de la correction sur épreuves (et quelle épreuve !).
Dans ce domaine, nous nous reposons beaucoup sur le « code typo » (Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale, Paris, Imprimerie nationale, 2002). De nombreux « codes typo » existent, mais c’est, de loin, le plus suivi.
Toutefois, il ne se suffit pas à lui-même ! C’est un outil obsolète à certains égards, mais, surtout, seul un correcteur ou une correctrice solidement formé·e peut en pallier les manques (et oui, tout n’est pas dans le « code typo »).
*Une coquille de rien du tout qui a passé le BAT, en aucun cas une menace voilée.
Réécriture n. f.
Pratique qui consiste à vouloir écrire un texte à la place de son auteurice parce que…
« c’est plus joli ».
Je force volontairement le trait. D’autres que moi sont très doué·es pour cela, et autrement légitimes. Ce n’est pas mon cas. De mon point de vue, si je me permets de réécrire certains de vos passages (et je ne parle pas de simples reformulations), je me substitue à votre travail de création. Auteur ou autrice (au moins en littérature) est un métier. Je n’exige pas de vous que vous acquériez mes compétences ni que vous fassiez mon métier à ma place, il en va de même pour moi. Votre texte vous appartient, à vous et à vous seul·e !
Conclusion : je ne propose PAS de prestations de réécriture !
(Je peux éventuellement vous orienter vers des collègues qui en font.)
Rom. abréviation
Romain. > Ital. Un texte en romain est un texte dont les caractères sont droits.
Souplesse n. f.
Aptitude à se contorsionner de façon à pouvoir regarder son 2e écran, feuilleter un dictionnaire avec les doigts de pied et annoter un jeu d’épreuves imprimé de la main, le tout en même temps.
Je vous déconseille de reproduire ça chez vous, on est des pros.
Bien sûr, vous vous en doutez sans doute, on ne nous demande pas une telle souplesse, bien qu’il est vrai que ce soit un indicateur infaillible de nos compétences réelles. Même lorsque nous avons les articulations un peu plus raides, notre souplesse reste capitale, en d’autres termes, la faculté de nous adapter. Puisque nous sommes à votre service (qui que vous soyez, vous, derrière l’écran), nous devons nous aligner sur vos pratiques, qui peuvent varier énormément ! Il y a en premier lieu les marches maison, parfois un peu casse-gueule, mais il faut aussi savoir se dérober à une marche lorsqu’elle n’est pas adaptée à un ouvrage spécifique, prendre en compte des choix de l’auteurice qui ne respecteraient pas scrupuleusement les règles habituelles, être capable de passer d’un support numérique à un support papier et inversement… S’il fallait identifier les principales qualités humaines requises dans mon métier, la souplesse serait sûrement des élues ! Au-delà des cas concrets évoqués, c’est une attitude indispensable à avoir pour que les relations avec d’autres professionnel·les se passent sereinement, sans générer de crispations, involontaires mais contre-productives.
Pour ma part, je sais mettre mon pied derrière la tête, vous n’avez donc pas à vous en faire !
Syllepse (accord de) n. f.
Voilà encore un mot bien savant ! À ne pas confondre avec la figure de style du même nom, l’accord de syllepse est fascinant. Vous trouviez la correction trop rigide, trop normée ?
Pas de panique ! L’accord de syllepse est là, lui, carrefour de toutes les libertés grammaticales. Bon, pas toutes, une seule en fait, mais pas des moindres ! Vous vous êtes sûrement déjà demandé comment accorder un complément du nom. Vous n’êtes pas seul·e ! Sachez que la personne qui va corriger votre texte court de grands risques d’y perdre une bonne partie de ses cheveux ! Mais l’accord de syllepse est prêt à venir à la rescousse à tout moment : c’est notre joker. Derrière ce terme mystérieux se cache en réalité un « c’est open bar ! » ou, pour les puristes, un « accord selon le sens » (dans les faits, il s’agit souvent de mettre en valeur un marqueur de genre ou de nombre).
Lorsque la grammaire semble nuire à votre intention d’écriture ou à la compréhension, il nous faut lui rappeler que nulle règle ne saurait justifier qu’un texte perde de sa force.
Alors la prochaine fois que l’on vous fait remarquer un accord de complément du nom inhabituel, vous n’aurez qu’à sortir, en l’accompagnant d’une posture bien mondaine, votre plus beau : « C’est un accord de syllepse » !
Temps n. m.
ATTENTION : vous ne trouverez pas de jeux de mots bien sentis ici !
Le temps. Par où commencer ? Peut-être par le fait que je ne vous propose même pas de définition, cette fois, ce serait insultant… Tout le monde comprend ce qu’est le temps,
n’est-ce pas ? Mais si tout le monde est en mesure de le comprendre, alors d’où vient cette tendance à ignorer son importance ?
En correction, le temps, c’est de l’attention, et donc un gage de qualité. Plus vous permettez à votre correctrice ou correcteur de « prendre du temps », plus vous installez un contexte favorable pour que ses compétences puissent s’exercer.
Dans l’édition, mais pas seulement, le temps de correction est trop souvent pris comme une variable d’ajustement, une corde sur laquelle il suffirait de tirer un peu pour tenir les « délais », en nous demandant à demi-mot de « baisser nos exigences ».
C’est un des pires réflexes à avoir ! Lorsque vous comprimez les délais de relecture, vous empêchez directement, sans le savoir, l’exercice de la profession. Lorsque vous imposez un travail « dans l’urgence », vous ne faites pas que nous « bousculer » un peu, vous vous passez de notre professionalisme. Ne négociez pas le temps. Il est un de nos plus fidèles alliés !
Ainsi, quand nous évaluons un temps de relecture, c’est un temps dont nous avons impérativement besoin pour mener notre tâche à bien avec précision et rigueur.
Et non, on ne peut pas corriger « juste l’orthographe »… nous tenons, en tant que professionnel·les, à rendre un travail de qualité, abouti, et qui correspondra à vos attentes.
Pour ces raisons, certaines consœurs et confrères réhaussent leurs tarifs pour les travaux effectués dans l’urgence. Personnellement, je préfère maintenir des tarifs fixes, mais refuser les missions dont les délais me semblent exagérément courts.
Le temps, c’est de la qualité !
Tic (d’écriture) n. m.
Élément invisible à l’œil nu, mais repérable par les correcteurices (on a des lunettes spéciales). Je ne vais pas faire de liste ici des mots ou expressions que l’on rencontre le plus souvent, d’autres le font déjà très bien (et je ne les porte pas dans mon cœur).
En revanche, nous avons toustes des tics de langage, moi y compris ! Ils ne sont pas toujours les mêmes à l’oral ou à l’écrit, mais ce qui est certain, c’est qu’ils peuvent vite polluer un texte ! Du coup, je ne porte aucun jugement sur la nature de ces mots ou expressions (d’où l’agacement dont je parlais plus haut), mais c’est leur caractère redondant qui peut être dérangeant sur l’ensemble d’un texte. J’interpelle régulièrement sur ces répétitions, sans jamais vous dire que c’est fautif.
Nous les repérons facilement. Saurez-vous identifier les miens dans ce lexique ?
Vérification (d’information) n. f.
Tout comme l’harmonisation, c’est un des grands incontournables de la correction (ici, on parle spécifiquement de l’étape de la préparation de copie) !
Activité extrêmement chronophage mais indispensable, la vérification d’information nous transforme en vrai·es Sherlock en herbe. Voyez plutôt :
— Dites-moi, mon cher Watson (incarner plusieurs personnages tout en nous parlant à nous−mêmes fait partie de nos nombreuses compétences), que pensez-vous de cette date ? (imiter le geste d’une personne qui fume la pipe.)
— Hum… sa graphie serait-elle suspecte ?
— Comme d’habitude, vous ne faites pas fonctionner vos petites cellules grises !
(oui, je mélange les références, mais c’est mon texte, je fais ce que je veux !)
Le dénommé Watson lève les yeux au ciel. Il est habitué.
— Le siècle, mon ami ! Ce n’est pas le bon siècle !
Avant de vous enfuir en courant, sachez qu’il est hors de question de nous substituer à votre travail ! En particulier si vous êtes un·e spécialiste dans votre domaine. Notre rôle, encore une fois, est de traquer les incohérences, de veiller à ce que des informations erronées ne se soient pas glissées malgré vous.
Un exemple de segment de texte qui demande énormément de vérifications est la bibliographie. Graphie de l’auteurice, année d’édition, lieu d’édition, nom exact de la maison d’édition au moment de la publication…
Nous avons bien sûr nos références généralistes, vers lesquelles on se tourne régulièrement, mais, qu’il s’agisse du BTP, de la musique ou du sport, chaque domaine est un champ d’investigation à part entière, avec son vocabulaire et ses codes particuliers, et donc des sources différentes vers lesquelles se tourner !
En marge de ce travail de fourmi (aussi lourd que peu visible), nous pouvons offrir un regard néophyte sur votre texte spécialisé, et c’est une chance ! Notre regard acéré est aussi au service de la lisibilité de votre texte en vue de sa publication.
Ne jugez pas trop vite certaines de nos questions « bêtes », ce sont peut-être les mêmes que celles que se poseront les personnes qui vous liront !
Maintenant que j’ai énoncé tout cela, sachez que nous avons tout de même nos affinités, de par nos expériences de vie ou nos intérêts.
Pensez à vous renseigner pour trouver un·e professionnel·le qui correspond à vos besoins ! Proposez-vous un texte de littérature jeunesse, de sciences humaines ? Est-ce une traduction que vous souhaitez faire corriger ? Un article de presse généraliste ? spécialisée ? Une communication d’entreprise ? Un flyer ?
Pour ma part, j’ai quelques affinités avec la langue et la culture japonaises (j’ai vécu au Japon plusieurs années), je suis à l’aise avec l’écriture inclusive, et passionné par le monde du jeu de société !
Ne perdez pas de vue que, dépassées ces spécialisations, notre rigueur reste la même quelle que soit la situation !
Virgulite n. f.
Maladie bénigne, mais très contagieuse, qui frappe chaque année des centaines de correcteurices. La personne contaminée croit au départ faire « simplement » son travail, mais, très vite, elle est prise de délires et voit des virgules grammaticales partout. Puis, c’est l’engrenage, à un stade, plus avancé, de la maladie, toute virgule est prétexte au déclenchement d’une crise existentielle. L’individu en ajoutera autant que possible là où elles sont absentes et supprimera sans ménagement toutes celles qui croisent son regard. Si vous avez, dans votre entourage, quelqu’un·e qui présente ces symptômes, n’attendez pas avant de consulter le Grevisse (André Goose & Maurice Grevisse, Le Bon Usage, De Boeck supérieur, 2016), ou tout autre ouvrage de grammaire aussi facile d’accès.
D’ordinaire, un simple repos suffira à remettre la personne d’aplomb.
Si le problème persiste, vous pouvez aussi la harceler de questions pour qu’elle justifie ses choix. Si le discours reste incohérent, c’est qu’elle est dans le déni. Prenez soin d’elle, mais n’abondez surtout pas dans son sens. Ce serait pire !
Oui, la réalité est souvent moins alarmante, je vous l’accorde.
Si certaines personnes que je ne citerai pas (parce que je ne les connais pas) nous traitent parfois de « virguleux », c’est aussi dû à une méconnaissance : l’essentiel de nos interventions sur cette chère virgule revient à l’application de règles auxquelles on n’est pas censé déroger. Ce n’est donc pas pour vous embêter ! A contrario, la ponctuation reste un espace (masculin cette fois) de liberté de création, il y a donc un équilibre à trouver entre appliquer les règles quoi qu’il en coûte et ne rien toucher au nom de la sacro-sainte licence poétique.
Pour conclure, gardez en tête que c’est vous qui avez le dernier mot, dans le sens où je n’ai aucun intérêt à dénaturer votre texte (à moins d’avoir été payé grassement, bien sûr) !
La virgule est un vaste sujet, que je ne prétendrai pas avoir couvert ici !
Pour aller un peu plus loin, je vous propose d’aller voir un des ouvrages (il y en a bien d’autres !) que je consulte régulièrement dans le cadre de mon travail :
Jean-Pierre Colignon [chef du service correction du journal Le Monde pendant une vingtaine d’années], Un point c’est tout ! La ponctuation efficace, Éditions du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes, Paris, 1992.
Zombie (règle) adj.
Une règle zombie est une règle linguistique qui n’existe pas mais qui pourtant devient réelle aux yeux des gens à force d’être convoquée.
Jusque très récemment, je ne connaissais pas l’expression de « règles zombies », mais attendez-vous à ce que je l’utilise à toutes les sauces !
Puisque nous traitons ici de langue, qui de mieux que des linguistes pour en parler ? Je vous renvoie donc vers le site des Linguistes atterrées, qui recense quelques-unes de ces règles zombies : https://www.tract-linguistes.org/special-halloween-grammaire-zombie-et-croquemitaine/.
Ce concept nous renvoie en fait à un plus vaste sujet : devons-nous trembler et nous soumettre devant des discours culpabilisants, défendant une vision figée et archaïque de la langue (ces « règles zombies » émanent de discours arbitraires, tenus par des personnes souvent obsédées par l’idée de nous imposer leur langage de châtelains… un registre pour les gouverner tous !), ou acceptons−nous la diversité des usages, voire la création ?
Sachez que, pour ma part, je ne vous enverrai jamais de zombies pour nuire à la liberté créative de votre texte !

